Internet et la pollution cachée
Lorsque vous envoyez un simple courrier électronique sans pièce jointe, vous consommez une petite quantité d'énergie. Cette consommation paraît négligeable à l'échelle individuelle. Pourtant, lorsque l'on additionne les milliards de courriels, de recherches et d'échanges de données effectués chaque jour à travers le monde, l'impact énergétique du numérique devient significatif.
Et nous ne parlons ici que des messages électroniques. Si l'on ajoute la consultation des sites internet, le streaming vidéo, les réseaux sociaux, les sauvegardes en ligne et le stockage de données dans le cloud, les besoins énergétiques deviennent considérables.
Pourquoi une telle consommation ?
Qu'il s'agisse de nos courriels, de nos photographies numériques, de nos documents ou des nombreux sites que nous visitons chaque jour, cette immense masse d'informations est stockée dans des centres de données, plus connus sous le nom de «data centers».
Ces infrastructures regroupent des milliers de serveurs fonctionnant en permanence. Elles doivent non seulement être alimentées en électricité, mais également être refroidies afin de maintenir les équipements à une température compatible avec leur bon fonctionnement. Une part importante de l'énergie consommée par un centre de données est ainsi consacrée à la climatisation et aux systèmes de refroidissement.
L'essor de l'intelligence artificielle, du streaming vidéo haute définition et du stockage massif de données contribue également à accroître les besoins énergétiques du secteur numérique. Même si les équipements sont aujourd'hui beaucoup plus performants qu'autrefois, la quantité de données traitées continue d'augmenter rapidement.
La fabrication des équipements : une pollution souvent oubliée
Lorsque l'on évoque l'impact environnemental du numérique, on pense spontanément aux centres de données et à leur consommation d'électricité. Pourtant, une part importante de l'empreinte écologique du secteur provient de la fabrication des équipements eux-mêmes.
Ordinateurs, smartphones, tablettes, téléviseurs connectés et objets numériques nécessitent l'extraction de nombreuses matières premières, parfois rares, ainsi que des procédés industriels particulièrement énergivores. La fabrication d'un appareil représente souvent une part importante de son impact environnemental total.
Le renouvellement fréquent des équipements accentue encore ce phénomène. Remplacer un appareil qui fonctionne encore peut parfois avoir un impact écologique supérieur aux économies d'énergie réalisées grâce à un modèle plus récent.
Que pouvons-nous faire ?
À notre niveau, il serait illusoire de penser que nous pouvons réduire fortement cette consommation sans renoncer à internet lui-même. En revanche, quelques gestes simples peuvent contribuer à limiter le stockage inutile de données.
Supprimer régulièrement les courriels devenus inutiles, faire le tri dans les pièces jointes volumineuses, effacer les fichiers obsolètes stockés dans le cloud ou encore limiter les sauvegardes redondantes sont autant de bonnes pratiques souvent regroupées sous le terme de «sobriété numérique».
Certes, l'impact d'un utilisateur isolé reste modeste. Mais multipliés par des millions de personnes, ces comportements peuvent contribuer à réduire les besoins de stockage et de traitement des données.
Le problème croissant des déchets électroniques
Chaque année, des millions de tonnes d'équipements électroniques deviennent des déchets. Une partie seulement est correctement recyclée. Les autres appareils sont parfois exportés vers des pays disposant de filières de traitement insuffisantes ou abandonnés dans des décharges où ils peuvent libérer diverses substances polluantes.
L'allongement de la durée de vie des équipements, leur réparation et leur réemploi constituent donc des leviers importants pour réduire l'impact environnemental du numérique.
Un débat plus complexe qu'il n'y paraît
Il convient toutefois de nuancer le constat. Les critiques adressées au numérique oublient parfois les économies qu'il permet de réaliser par ailleurs. Les courriels remplacent souvent le courrier postal, les documents électroniques évitent de nombreuses impressions papier, les visioconférences réduisent certains déplacements professionnels et les services en ligne limitent de nombreuses démarches physiques.
Le numérique possède donc une empreinte environnementale réelle, mais il remplace également des activités qui consommaient elles aussi de l'énergie et des ressources. La question n'est pas tant de savoir si internet consomme de l'électricité — ce qui est incontestable — que d'évaluer son bilan global par rapport aux solutions qu'il remplace.
Sources
- ARCEP – L’empreinte environnementale du numérique
- Observatoire ARCEP / ADEME des impacts environnementaux du numérique
- ADEME – Observatoire des impacts environnementaux du numérique
- Ministère de la Transition écologique – Déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE)
- Loi REEN – Réduction de l'empreinte environnementale du numérique en France
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