Sans être un économiste chevronné, il suffit de lire n'importe quel journal ou de suivre n'importe quelle actualité télévisée pour remarquer que, partout dans le monde, c'est le manque de moyens financiers qui est la source de nos problèmes. En un mot, l'argent manque partout !

Coffre-fort ne contenant qu'une pièce de un euro

En simplifiant à l'extrême, nous pourrions dresser le tableau planétaire suivant : d'un côté nous avons une productivité énorme, de la main d'œuvre disponible, des usines ultra-performantes, et en face nous avons un marché de plus de six milliards de consommateurs à satisfaire. Le marché est loin, très loin d'être saturé, mais cela ne nous empêche aucunement de fermer des usines, de réduire notre production, de maintenir un taux de chômage élevé et de nous appauvrir en toute incohérence.

Les disponibilités monétaires ne semblent pas à la hauteur des richesses produites

Car il ne faut pas oublier que les flux monétaires ne sont pas une fin en soi et qu'ils sont simplement là pour permettre les échanges de biens et de services. Sans eux, nous serions contraints de revenir à des systèmes de troc ingérables.
Or il est évident que si le volume monétaire n'est pas en phase avec notre volume de production, il y a rupture des échanges, c'est à dire ralentissement de la consommation en aval et assèchement de la production en amont, d'où chômage et pauvreté…
C'est un peu comme si un casino n'avait pas suffisamment de jetons pour l'ensemble de ses joueurs : aussitôt le flux des jeux s'amenuiserait jusqu'à atteindre un équilibre entre les mises possibles et les jetons disponibles. Et il s'en suivrait une diminution des gains, non seulement pour les quelques joueurs restants, mais pour l'établissement tout entier.
D'ailleurs, le recours permanent au crédit à l'échelle de toute une nation est bien la preuve de ce non-sens économique : il signifie que toute une population produit une richesse mais qu'elle est ensuite incapable de se la redistribuer elle-même ! Cela revient à affirmer de façon scandaleuse : "vous produisez des maisons, des automobiles, des téléviseurs, des ordinateurs, des réfrigérateurs, c'est très bien, mais vous n'aurez jamais la contrepartie financière pour vous les procurer. Donc nous allons vous prêter cette masse monétaire qui vous fait défaut".
Alors, pour quelle raison ne détermine t'on pas tout simplement la masse monétaire d'un pays en fonction de son PNB, par exemple, ou de toute autre mesure du degré de richesses produites?

C'est principalement le système bancaire qui, par le jeu du crédit, produit l'essentiel de la monnaie

Car il faut bien comprendre que les banques ne puisent pas dans les dépôts pour effectuer des prêts mais qu'elles créent bien de la monnaie scripturale, par opposition à la monnaie fiduciaire, créée par la BCE. Les banques injectent donc dans l'économie une monnaie dite "temporaire" qui peut provisoirement palier le manque de monnaie dite "permanente".
Mais cette monnaie provisoire présente deux inconvénients : le premier est qu'elle doit être tôt ou tard restituée, donc elle n'est pas réellement injectée dans le système, et le second est qu'elle est assortie d'intérêts, elle est payante, ce qui renforce l'appauvrissement de l'emprunteur.

schéma explicatif de la création de monnaie par le crédit

Le crédit est donc un palliatif qui comble artificiellement le fossé entre masse monétaire et production, et ce de façon provisoire et coûteuse.

Portrait de Maurice Allais, économiste

"Dans son essence, la création de monnaie actuelle ex-nihilo par le système bancaire est identique à la création de monnaie par les faux monnayeurs. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents" (Maurice Allais prix Nobel d'économie 1988)
Bien sûr on est tenté de se demander pourquoi les Etats ne produisent pas eux-même la monnaie permanente qui permettrait de relancer économie.
Tout d'abord il faut savoir que, dans la zone euro du moins, les États ne produisent plus aucune monnaie. L'article 104 du traité de Maastricht a INTERDIT aux États et aux Collectivités de créer de la monnaie... c'est réservé au système bancaire sous surveillance de la BCE dont le seul mandat des États est de "limiter l'inflation" !
La seconde raison est toute simple : si demain matin on mettait en circulation la monnaie nécessaire à la parfaite circulation de notre production, le crédit deviendrait un outil totalement inutile, du moins dans sa forme actuelle. Les banques seraient ainsi privées de leur principale source d'enrichissement (les intérêts), ce qui modifierait profondément le fonctionnement économique actuel du secteur bancaire et du crédit.
Dans un tel contexte, on comprend mieux pourquoi le manque de liquidités ne sera jamais comblé et pourquoi les banques seront toujours les seules à créer de la monnaie provisoire et payante…

G Denamps

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