La Création Monétaire en 14 questions


création de pièces et de billets

Cette page constitue une introduction à l’économie monétaire et propose, sous forme de 14 questions, une analyse progressive du mécanisme de création monétaire. Elle permet de mieux comprendre ce qu’est la monnaie, comment elle est créée dans le système bancaire, quel est le rôle des banques commerciales et de la Banque centrale, ainsi que les liens entre crédit, dette et masse monétaire.

La monnaie : ce sont les pièces et les billets ?

Pas uniquement. Dans le système monétaire moderne, la monnaie ne se limite pas aux pièces et aux billets en circulation, qui ne représentent qu’une part minoritaire de la masse monétaire (environ 12% en France en 2000). La majeure partie de la monnaie est en réalité constituée de dépôts à vue et de comptes courants bancaires, qui représentent environ 88% de la masse monétaire.

Cette structure a fortement évolué au cours du temps : en 1950, les espèces représentaient environ 51% de la monnaie. Aujourd’hui, dans les économies développées, leur part est tombée autour de 15% en France et reste comparable dans la zone euro.

Ainsi, dans les systèmes économiques modernes, la monnaie utilisée au quotidien pour régler les transactions est essentiellement une monnaie scripturale inscrite dans les comptes bancaires.

La monnaie est-elle un bien comme un autre dans l’économie ?

Non. La monnaie scripturale possède une caractéristique fondamentale : elle peut être créée ex nihilo dans le cadre du système bancaire. Sa création ne nécessite pas de production préalable et repose essentiellement sur un jeu d’écritures comptables.

Depuis la fin des années 1970 et la disparition de l’étalon-or, la monnaie n’est plus adossée à une réserve métallique. Elle est aujourd’hui entièrement dématérialisée et repose sur la confiance dans le système financier et la stabilité des institutions monétaires.

Qui crée la monnaie dans le système économique ?

La création monétaire est assurée en grande majorité par les banques commerciales, qui créent environ 85% de la masse monétaire sous forme scripturale.

Ces banques sont appelées banques de second rang, par opposition à la Banque centrale (aujourd’hui la BCE dans la zone euro, auparavant la Banque de France). Elles créent les dépôts à vue, tandis que la Banque centrale émet la monnaie fiduciaire (billets) et que le Trésor public met en circulation les pièces.

Comment les banques commerciales créent-elles de la monnaie ?

Contrairement à une idée reçue, les banques ne se contentent pas de prêter des fonds préexistants. Lorsqu’elles accordent un crédit, elles créent simultanément un dépôt sur le compte de l’emprunteur.

Ce mécanisme, résumé par l’expression anglaise “loans make deposits”, signifie que les crédits bancaires sont à l’origine de la création de monnaie scripturale.

Les institutions non bancaires, en revanche, ne créent pas de monnaie : elles ne font que redistribuer des ressources existantes.

La Banque centrale crée-t-elle directement la monnaie utilisée par les banques ?

Non. Le refinancement auprès de la Banque centrale constitue un mécanisme de régulation et de contrôle de la masse monétaire, mais ne constitue pas la source principale de création monétaire.

La création de monnaie scripturale reste principalement assurée par les banques commerciales, sous le contrôle des autorités monétaires.

Les banques se contentent-elles de prêter l’argent des déposants ?

Non. Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle crée immédiatement une nouvelle écriture au passif et à l’actif de son bilan.

Ce mécanisme permet la création simultanée d’un dépôt et d’une créance, sans transfert préalable de fonds. Le système est encadré par des règles prudentielles, notamment les fonds propres et les réserves obligatoires.

Où apparaît la création monétaire dans les comptes bancaires ?

La création de monnaie apparaît dans le bilan consolidé du système bancaire comme un solde entre les nouvelles créances et les dépôts générés dans l’économie.

La monnaie est-elle encore adossée à l’or ?

Non. Depuis l’abandon du système de Bretton Woods et la démonétisation de l’or en 1973, la monnaie n’est plus convertible en métal précieux.

Elle repose désormais sur la confiance accordée aux institutions monétaires et à la stabilité économique des États.

Qu’est-ce que la monnaie permanente ?

La monnaie permanente correspond à une forme de monnaie dont la contrepartie n’est pas liée à un remboursement futur. À l’inverse, la monnaie d’endettement est détruite lors du remboursement du crédit qui l’a créée.

Peut-on distinguer monnaie permanente et monnaie d’endettement ?

Oui, mais uniquement au niveau macroéconomique à travers l’analyse des bilans financiers.

Dans la circulation quotidienne, cette distinction est invisible : toute la monnaie circule de manière homogène indépendamment de son origine.

Cette distinction est-elle reconnue en économie ?

Oui. Les travaux de Gurley et Shaw (1960) distinguent la monnaie interne et externe, notions proches de la distinction entre monnaie d’endettement et monnaie permanente.

Comment pourrait-on créer de la monnaie permanente ?

Plusieurs mécanismes théoriques existent, comme l’émission de Droits de Tirage Spéciaux (DTS), les avances permanentes de la Banque centrale au Trésor, ou encore des dispositifs de financement direct par l’État.

Quels sont les avantages et limites des différents types de monnaie ?

La monnaie d’endettement génère de la dette et des intérêts et suit les cycles économiques, ce qui peut amplifier les crises. La monnaie permanente, elle, ne génère pas de dette et peut jouer un rôle stabilisateur dans l’économie.

Une création monétaire sans crédit est-elle problématique ?

La création monétaire est toujours issue d’un processus ex nihilo, qu’elle soit liée ou non à un crédit.

Le débat porte essentiellement sur la répartition des bénéfices de cette création entre acteurs privés et publics, ainsi que sur ses implications économiques et sociales.


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